N’est-il pas temps que toutes les femmes, au Sénégal disposent d’un carnet sanitaire pour éviter de se faire arrêter la nuit par la police, pour non inscription au fichier sanitaire ou plus exactement le délit de prostitution illégale ? Cette question mérite en effet d’être posée vu le nombre important de femmes traduites à la barre des flagrants délits pour le délit de « sortie la nuit avec sa carte d’identité nationale » à la place d’un carnet sanitaire, le sésame pour prostituées.
Ce n’est nullement un secret, la prostitution existe bel et bien au Sénégal. N’étant pas interdite, cette profession est tout de même réglementée. Toute femme majeure et en bonne santé désirant exercer ce métier, doit dès lors se munir d’un carnet de santé et effectuer des visites régulières au niveau des structures de santé compétentes. Toute prostituée qui ne respecte pas ses visites médicales risque de ce fait de tomber sous le coup de la loi puisque les brigades des mœurs veillent au grain.
Cependant à côté de celles qui s’affirment, existe un autre type de prostitution dite clandestine. Elle n’épargne ni les mineures, ni les majeures ; élèves, étudiantes, femmes mariées, divorcées et veuves affectée par la précarité, s’adonnent à cette pratique accentuée par cette pudeur bien sénégalaise qui veut qu’on refuse d’aller s’inscrire au fichier sanitaire. Il y a aussi par ce phénomène sénégalais appelé « Mbaran » ( collection de partenaires ) qui poussent certaines femmes à multiplier leurs partenaires dans le but de se faire de l’argent.
Quelles que soient les raisons qui poussent les femmes à pratiquer la prostitution clandestine, les autorités tentent d’éradiquer le phénomène, surtout avec la propagation du Vih / Sida et des infections sexuellement transmissibles (Ist) qui ont tendance à se féminiser.
Seulement faut-il se demander si toutes les femmes devraient faire les frais de cette lutte contre la prostitution clandestine. Il est en effet inconcevable que des femmes soient parfois trainées en justice pour avoir commis le pêché de sortir la nuit et de ne pas disposer d’un carnet sanitaire même si, elles ne sont pas des prostituées.
En effet, durant les patrouilles nocturnes, les policiers réclament bien souvent des carnets de santé, là où, ils demandent aux hommes la présentation de leur carte d’identité nationale. Même si, elles ne se livrent pas au racolage, il suffit juste parfois, de s’habiller de manière sexy, la nuit pour être taxée de prostituée. Pourquoi par ailleurs, une femme qui entre dans un bar ou s’aventure aux alentours de celui-ci, est vite assimilée à une prostituée ? Pourquoi celles qui s’affichent la nuit avec un étranger sont-elle tout de suite considérée comme des belles de nuit ?
Le tribunal des flagrants foisonnent d’exemples où, les femmes sont traduites à tort pour le délit de non inscription au fichier sanitaire. Imaginez une femme qui se retrouve à la barre parce qu’elle se baladait la nuit sur l’Avenue Bourguiba, avec son mari. Bien que son époux ait signifié aux policiers que cette dernière est sa femme, ces derniers l’ont malgré tout embarquée. C’est aussi le cas de cette autre étudiante partie acheter à manger dans le fastfood de son quartier et qui a malheureusement été victime de ce fait.
Le cas le plus récent, est celui de cette dame divorcée et mère de deux enfants. Revenant de chez oncle où elle était allée prendre de l’argent, elle a été embarquée par les policiers car, ne disposant pas de carnet sanitaire mais seulement d’une carte d’identité.
Un autre cas, celui de cette jeune fille qui avait rendez-vous avec son petit ami blanc dans un restaurant de la place. Le plus surprenant dans cette affaire c’est quand, le juge a demandé à cette jeune fille qui comparaissait pour non inscription au fichier sanitaire pourquoi elle avait des cigarettes dans son sac. Tout se passe comme si la cigarette est un indice de culpabilité.
Mais, heureusement que les juges font souvent preuve de clairvoyance pour relaxer les prévenues dans pareils cas. Il faut toutefois imaginer les conséquences de telles situations car, dès qu’on est arrêté par un policier, l’on est déclaré coupable par la clameur publique sans même être jugée par un tribunal qui décide de la relaxe ou non.
Autant de préjugés qui posent sérieusement la question des droits et de la liberté de la femme. L’on est tenté de se demander si, les femmes n’ont pas le droit de sortir la nuit ? « Trop c’est trop » disait cet avocat qui, pour terminer sa plaidoirie, lance à l’endroit du juge : « M. le président si j’étais une femme, j’irais chercher un carnet sanitaire pour pouvoir circuler librement la nuit car celui-ci semble beaucoup plus important que la carte d’identité nationale ? » N’a-t-il pas au fond raison ?
Source:nettali.net Recommandez (14) | Citez cet article sur votre site | Pages vues: 74
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