Quand les convois des puissants paralysent la circulation et l’économie sénégalaise (Par Biarane Sarr)

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À chaque heure de pointe, le même scénario d’asphyxie se répète dans les artères de la capitale. Mais au-delà de la saturation structurelle des routes, un fléau exaspère les usagers et plombe l’activité économique : la prolifération des convois administratifs et privés. Entre passe-droits arrogants en plein bouchon et démonstrations de force lors des grands événements religieux comme le Grand Magal de Touba, cette culture du gyrophare est devenue le miroir d’un sous-développement qui refuse de dire son nom. Pourtant, face à ce désordre érigé en norme, les textes de loi sénégalais sont d’une clarté absolue.

A travers cette contribution, le citoyen que je suis veut revenir sur une anarchie routière qui prend de l’ampleur et coûte cher à notre pays.

Le calvaire des heures de pointe : l’économie sacrifiée sur l’autel du privilège

Aux heures de pointe sur les grandes artères de DAKAR ou sur l’autoroute à péage, des milliers de travailleurs sénégalais, de commerçants et de cadres d’entreprises sont immobilisés dans des bouchons dantesques. Les pertes économiques liées à la congestion routière à Dakar se chiffrent déjà à des dizaines de milliards de FCFA par an, selon le CETUD. C’est le moment précis où retentissent les sirènes stridentes.

Un cortège de rutilants véhicules 4×4 noirs, vitres teintées, fend la foule de voitures. Escortés par des motards de la sécurité publique qui forcent la création de « couloirs » improvisés, ces convois s’extirpent de la masse. À bord : une autorité administrative, un grand directeur public ou un homme d’affaires fortuné. Si la route n’est pas techniquement coupée à l’ensemble des usagers (un privilège logistique réservé au Chef de l’État), ce refoulement agressif sur les voies latérales aggrave l’effet d’accordéon du trafic. Pour que ces « VIP » s’extraient du flot, des centaines d’acteurs économiques perdent des heures de productivité. Ce spectacle quotidien met en lumière une rupture du pacte républicain, où le confort de quelques-uns perturbe la création de richesse collective.

Des événements religieux pris en otage par le « m’as-tu-vu » logistique

Le phénomène prend une dimension spectaculaire lors des grands rassemblements comme le Grand Magal de Touba ou le Gamou de Tivaouane. Alors que Dakar Dem Dikk et les opérateurs privés déploient des trésors de logistique pour transporter dignement et à moindre coût les fidèles, les routes nationales et l’autoroute Ila Touba sont prises d’assaut par de véritables démonstrations de puissance financière et politique.

Des convois interminables de personnalités publiques, d’hommes d’affaires et de cours maraboutiques s’organisent en colonnes prioritaires. Guidés par des motards qui s’efforcent d’ouvrir une brèche dans le flux saturé, ils se faufilent entre les bus de pèlerins, les camions de marchandises et les véhicules particuliers.

Ce comportement engendre deux conséquences majeures :

Une insécurité routière accrue : Ces insertions brusques et ces dépassements à flux tendu perturbent la régularité du trafic, bloquant des axes vitaux pendant des heures.

Une asphyxie logistique par ricochet : Le ralentissement généralisé provoqué par le passage continu de ces cortèges retarde l’approvisionnement normal des villes saintes en eau, denrées de première nécessité et services de secours.

L’événement religieux, initialement dédié à la dévotion et à l’humilité prônées par les guides spirituels, se retrouve ainsi bousculé par une arrogance logistique qui fragilise l’économie globale du transport.

Un symptôme criant de sous-développement

Pourquoi ce culte du convoi est-il le signe d’une économie en retard ? Dans les pays développés, les ministres et les milliardaires se déplacent majoritairement en respectant le flux du trafic pour une raison simple : le temps de tout citoyen a une valeur marchande.

Au Sénégal, le recours systématique aux escortes de motards démontre que l’élite a conscience de la faillite des infrastructures, mais refuse de la subir. Elle préfère s’en extraire par le privilège de la voie rapide plutôt que de la régler par de vraies politiques publiques durables. C’est le refus d’affronter la réalité de l’aménagement du territoire. Plutôt que de développer massivement le réseau ferré pour le transport de masse, le pays reste suspendu aux caprices de colonnes de bitume où la circulation est forcée par l’autorité de la sirène.

Conclusion : Sortir de l’anarchie pour libérer l’émergence

En définitive, le spectacle quotidien des couloirs de force ouverts pour ces convois sur les axes routiers sénégalais n’est pas le signe d’une autorité respectée ou d’une réussite financière à célébrer. C’est le symptôme criant d’une République à deux vitesses, où l’intérêt personnel de quelques privilégiés l’emporte sur la productivité collective. Au moment où le Sénégal modernise sa logistique avec le BRT et le TER, laisser perdurer cette culture du passe-droit revient à rouler avec le frein à main tiré.

Le temps où l’on pouvait s’offrir un espace de circulation par la force d’une sirène doit s’arrêter. Restaurer l’autorité du Code de la route pour tous n’est plus seulement une question de civisme ou de justice sociale : c’est une urgence économique absolue. Pour que le Sénégal entre pleinement dans la modernité, ses élites politiques, religieuses et économiques doivent enfin accepter de partager le destin des usagers ordinaires. Car c’est en apprenant à faire la queue ensemble que l’on construit, réellement, un pays émergent.

Les nouvelles autorités de la République sont interpellées pour faire appliquer les textes lgislatifs et réglementaires qui encadrent de manière très stricte la notion de priorité et d’autorité :

exclusivité des avertisseurs spéciaux

double condition légale pour exiger légalement la priorité

statut des ministres hors service

illégalité des gyrophares privés

délit d’entrave

Par Birahima SARR,

Consultant RH & Management

DAKAR / SENEGAL

 

 

 

 

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