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Mimi Touré : « La crise a montré toute la fragilité du multilatéralisme »

L’Afrique a donc pu éviter le pire face à la propagation du coronavirus. Aminata Touré, ancienne Premier Ministre du Sénégal explique pourquoi dans un entretien accordé au journal allemand DER SPIEGEL et les raisons pour les quelles l’Europe devrait changer d’approche en ce qui concerne continent.

Cette interview est parue dans le quotidien allemand DER SPIEGEL du Jeudi 26 Novembre 2020

DER SPIEGEL : Mme, Joe Biden vient d’êtreélu comme président des Etats-Unis d’Amérique, Comment avez-vous réagi à cette nouvelle ?

Touré : Je souhaite réellement que Joe Biden remette l’Amérique sur les rails. Que nous reviendrons à des prises de décisions basées sur des évidences et non sur le caractère émotif d’un individu. On ose espérer que Biden va restaurer l’image des États-Unis en revenant au dialogue et à la coopération internationale. Ce qui, sous Trump avait largement fait défaut.

DR SPIEGEL : Qu’est-ce à dire ?

Touré : Trump n’a jamais caché son mépris du multilatéralisme. Il a coupé les financements octroyés par son pays à certaines structures des Nations Unies en pleine crise sanitaire- comme le fonds des nations unies pour la population par exemple. Une mesure qui a eu une conséquence directe en Afrique sur la santé des femmes en Afrique. Elles doivent se battre pour avoir accès aux services de santé y compris la contraception. Trump a aussi coupé les fonds à l’Organisation Mondiale de la Santé au lieu d’investir plus pour la recherche scientifique conjointe d’un vaccin.

DER SPIEGEL : Les états unis ne sont pas pourtant le seul pays à avoir pris du recul sur la scène internationale. On a constaté en effet que beaucoup de pays ont fermé leurs frontières et la course pour un vaccin contre le coronavirus est devenu une sorte de compétition.

Touré : Cela est une attitude tout à fait illogique. La crise a montré toute la fragilité du multilatéralisme. Le virus ne reconnait pas les frontières. Les pays qui se sont montrés le plus vulnérables se situent à l’Ouest. L’Afrique par exemple, a été moins impacté. Au début, beaucoup avaient parié sur des millions de morts à travers le continent. Mais cela n’est arrivé. Le monde devrait apprendre de l’Afrique.

DER SPIEGEL : quelle a été la clé de la réussite de l’Afrique ?

Touré : Les gouvernements africains ont eu l’expérience des épidémies et de la façon de les contrôler-comme Ebola par exemple. Des mesures drastiques ont été prises au tout début de la crise. Au Sénégal, par exemple, nous avons fermé nos frontières bien avant bien d’autres pays européens. Les attroupements ont été interdits. Le transport public a été mis à l’arrêt, les mosquées ont été fermées, ce qui a été très difficile dans un pays avec plus de 95% de musulmans.

DER SPIEGEL :D’un autre côté, la pauvreté augment dans beaucoup de pays africains avec beaucoup qui ont perdu leurs sources de revenus. Dans le monde rural en particulier, très peu ont accès aux tests ou traitements contre le coronavirus. Les experts sont sceptiques sur les chiffres officiels publiés.

Touré : La pandémie de coronavirus en a rajouté à la pression sur des systèmes des ante qui étaient déjà précaires, c’est vrai. Et il y a beaucoup de défis à relever en plus. Dont le plus important est la création d’emplois pour les jeunes. Nous devons résoudre ces problèmes. Néanmoins les millions de morts prévus en Afrique n’ont pas eu lieu. L’Afrique a de quoi être fière Les gouvernements ont compris qu’ils pouvaient résoudre eux-mêmes leurs propres problèmes et ont agi en toute indépendance. Ce devra être le nouvel axe du multilatéralisme dans le futur. : aider les pays en développement à travers leur propre expertise.

DER SPIEGEL : Dans des organisations comme les Nations-Unies, on estime très souvent que les pays du sud n’ont pas grand-chose à dire.

 

Touré : Voilà un stéréotype dangereux : des pays riches et puissants au Nord contre des pays du Sud pauvres et faibles. Ce n’est pas vrai. Le continent africain est devenu autonome et plus confiant en ce qui concerne els connaissances scientifiques et médicales.

Touré :DER SPIEGEL : Vous avez des exemples ?

Le meilleur indicateur est l’augmentation significative de l’espérance de vie, laréduction de la mortalité maternelle et une croissante classe moyenne tout le long de ces dernièresannées. L’Afrique n’est pas condamnée à l’échec et à la pauvreté. Cependant les médias occidentaux ne font pas attention à ces changements et préfèrent se coller aux stéréotypes démodés sur le continent.

DER SPIEGEL : Et pourquoi cela ?

Touré : Le regard de l’Europe sur l’Afrique est totalement dépassé et ne correspond pas à la réalité. C’est une vision qui prend sa source dans la colonisation. L’Europe pense encore que ‘Afrique vit comme en 1950 tandis qu’en réalité, le fossé entre les deux continents s’est considérablement réduit. L’Europe doit comprendre que l’Afrique st le plus jeu, continent et abrite autour de 200 millions de jeunes. Dans le même temps le souci principal reste de leur assurer une bonne formation et un bon emploi. Une monnaie commune et une zone de libre échange pourraient constituer des solutions.

DER SPIEGEL : De quelle façon les changements climatiques ont-ils affecté la zone ouest africaine ou vous vivez ?

Touré : Oh le changement climatique a un effet direct sur l’Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, par exemple, nous avons près de 800 km de cote. Naturellement la montée des eaux nous fait perdre beaucoup de terre. Et cela nous préoccupe au plus haut point.

Mais vous savez, nous ne sommes pas ceux qui polluons l’atmosphère. Ceux-là qui polluent se situent au Nord et refusent de réparer les dommages causés. Ce qu’ils devraient pourtant faire. C’est une raison supplémentaire de me féliciter de l’élection de Biden.IL a déclaré qu’il allait rejoindre le Pacte mondial pour l’environnement auquel Trump avait renoncé à participer.

Traduction :Dakarinfos.com

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