En Guinée, la grâce surprise de Moussa Dadis Camara suscite la crainte des victimes et l’indignation de l’opposition

Facebook
Twitter
LinkedIn
WhatsApp

En Guinée, la grâce surprise de Moussa Dadis Camara suscite la crainte des victimes et l’indignation de l’opposition

Moussa Dadis Camara, condamné à vingt ans de prison pour crimes contre l’humanité, a été gracié par le chef de la junte et est sorti de prison. Une décision surprise accueillie samedi 29 mars avec joie par ses proches et soutiens, mais avec consternation par l’opposition et une partie de la société civile.

Moussa Dadis Camara a été gracié pour « raison de santé » par le chef de la junte en Guinée, le général Mamadi Doumbouya, selon un décret lu vendredi soir à la télévision nationale. L’ancien président (2008-2010) et ancien chef d’une junte est sorti de prison dans la nuit de vendredi à samedi et se trouve dans la capitale Conakry.

« Il a fait une brève escale chez lui puis a été conduit dans une villa dans un quartier chic de Conakry où il est surveillé par des pick-up de la gendarmerie », a indiqué à l’AFP l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH). Dans ce quartier de Kaporo, la présence inhabituelle depuis la nuit dernière de pick-up de la gendarmerie a alerté les riverains. La villa est une résidence construite par Moussa Dadis Camara lorsqu’il était président, a indiqué sous couvert d’anonymat un proche de l’ex-dictateur.

Ambiance festive

En revanche, une ambiance festive a régné samedi devant son domicile habituel à Lambagny, une banlieue nord de Conakry. Des proches, amis et anciens collaborateurs sont venus lui témoigner leur soutien, tout en sachant qu’il n’y était pas physiquement présent.

Pour Jostin Kaba, frère de Moussa Dadis Camara, sa libération est une preuve du climat démocratique qui règne, selon lui, dans le pays : « Toute la Guinée est en fête. Nous remercions leprésident Mamadi Doumbouya et son Premier ministre pour cet acte. Il est temps pour nous de nous pardonner et d’aller de l’avant ».

À l’issue d’un procès historique qui avait duré près de deux ans, Moussa Dadis Camara avait été condamné le 31 juillet 2024 à vingt ans de prison pour crimes contre l’humanité, pour sa responsabilité de commandement lors du massacre du 28 septembre 2009. Ce jour-là, alors que ce dernier était président, au moins 156 personnes ont été tuées, par balle, au couteau, à la machette ou à la baïonnette, et des centaines d’autres blessées dans la répression d’un rassemblement de l’opposition dans un stade de Conakry et ses environs, selon le rapport d’une commission d’enquête internationale mandatée par l’ONU. Au moins 109 femmes ont été violées.

Les exactions – dont les chiffres réels sont probablement plus élevés – ont continué plusieurs jours contre des femmes séquestrées et des détenus torturés, durant ce qui est considéré comme l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire contemporaine de la Guinée.

Les craintes des victimes

« C’est avec beaucoup d’indignation que nous avons appris cette décision qui constitue une atteinte à l’honneur et à la dignité des victimes, mais aussi une violation des principes les plus basiques d’une bonne administration de la justice, a réagi auprès de l’AFP Alseny Sall, chargé de communication de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et du citoyen (OGDH). Il y a un procès en appel en préparation dans ce dossier, mais aussi des accusés qui n’ont pas encore connu de début de procès. Ce qui signifie que la procédure judiciaire est loin de se terminer dans cette affaire. »

Interrogée par l’AFP, Binta (prénom modifié), victime d’agression sexuelle lors de l’irruption des militaires au stade, a raconté avoir appris la nouvelle de la grâce dans la nuit de vendredi à samedi par un proche. Elle estime qu’il aurait fallu « prendre des mesures de sécurité pour toutes les victimes » avant de procéder à cette libération. « Parmi nous, certains ont déposé en public. Avec la sortie de Dadis, c’est leur vie qui est en danger », a-t-elle lancé.

Aux côtés de Moussa Dadis Camara, sept autres personnes avaient été condamnées en 2024 à des peines allant jusqu’à la perpétuité pour leur responsabilité dans ce massacre. Mercredi dernier, le général Doumbouya, chef de la junte arrivée au pouvoir par un putsch en 2021, avait annoncé la « prise en charge des frais d’indemnisation des victimes du massacre ».

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *