La réforme constitutionnelle voulue par le pouvoir connaît un tournant inattendu. À la veille du vote de la proposition de loi, ce ne sont pas les partis d’opposition qui ont le plus bousculé le texte, mais des députés de la majorité parlementaire eux-mêmes, qui ont choisi d’y apporter des modifications substantielles.
Cette situation met en lumière une réalité politique nouvelle : le groupe parlementaire soutenant le gouvernement entend exercer pleinement ses prérogatives, y compris lorsqu’elles conduisent à s’écarter de la volonté initiale de l’exécutif. Un épisode qui révèle les lignes de fracture entre le gouvernement et sa majorité.
Face à cette impasse, l’ancienne Première ministre Aminata Touré a remis sur la table l’hypothèse d’un référendum, estimant que le peuple devrait être directement consulté si le Parlement ne permet pas d’aboutir à la réforme souhaitée. Une position qui relance le débat sur la meilleure voie pour modifier la Constitution.
Dans le même temps, 143 intellectuels, universitaires et personnalités de la société civile, parmi lesquels Boubacar Boris Diop et Pierre Sané, ont publié un appel réclamant l’adoption de la version initiale de la réforme, qu’ils jugent essentielle pour consolider les institutions.
À l’opposé, le mouvement citoyen Y’en a marre s’est fermement opposé au projet, estimant que les priorités des Sénégalais se situent ailleurs et mettant en garde contre toute modification susceptible d’affaiblir les équilibres démocratiques.
Au-delà des prises de position politiques et intellectuelles, une autre voix se fait entendre : celle des citoyens. Pour beaucoup, les préoccupations quotidiennes restent dominées par le chômage, la cherté de la vie, les difficultés d’accès aux semences pour les agriculteurs ou encore le pouvoir d’achat. Des urgences qui relèguent le débat constitutionnel au second plan.
Cette séquence politique soulève finalement une interrogation fondamentale : qui décide réellement de l’évolution de la Constitution au Sénégal ? Le Président de la République, qui impulse les réformes ? Les députés, détenteurs du pouvoir législatif ? Les intellectuels et les organisations de la société civile, qui alimentent le débat public ? Ou, en dernier ressort, le peuple sénégalais, au nom duquel s’exerce la souveraineté nationale ?
Le vote attendu à l’Assemblée nationale apportera un premier élément de réponse. Mais une chose est déjà certaine : la réforme constitutionnelle est devenue bien plus qu’un simple texte de loi. Elle cristallise un débat de fond sur l’équilibre des pouvoirs, le fonctionnement des institutions et la place du citoyen dans les grandes décisions qui engagent l’avenir du Sénégal.
Dakarinfos


